" Je reste clouée à mon siège , je ne peux pas bouger . Il m'exhorte à le faire . Je refuse . Il finit par me tirer doucement par la main , je parviens à m'extirper de la voiture . Mes mouvements saccadés sont ridicules . Je me retrouve debout sur le trottoir . Un instant . Je vacille sur mes jambes harassées et m'effondre . J'ai envie de vomir . Ça monte en moi comme un sentiment de fureur , j'ai envie de dégorger mon dégoût , ma haine et les litres d'alcool ingurgités . Je suis à genoux , courbées en deux , et je vomis sans pouvoir m'arrêter mes excès de cette nuit et la vie de toujours  , et je souille ma robe d'éclaboussures sordides , et le silence pesant d'atroces déglutitions . Et ça jaillit comme dans un cauchemar , je dégueule des litres de vodka , des litres de champagne , mes illusions perdues , les fantômes qui me hantent , et ça gicle sur le bitume noir avec un bruit d'explosion liquide et sale qui se répercute dans ma tête comme la sentence fatale de mon indignité . Et je reste prostrée . Je ne veux pas me relever , je ne veux pas affronter son regard . Ma tête baissée dissimule mes larmes brulantes . Je veux mourir ici .
Il me relève . Il passe un bras sous mes genoux , l'autre sous mes épaules , il me porte et m'emmène . Je suis submergée de fatigue et de honte , je laisse aller ma tête sur son épaule , j'ai l'air d'une morte . L'odeur familière de son appartement me rassérène . Il me guide à pas lents à travers les pièces , jusqu'à sa salle de bains . Il m'assoit sur le baignoire et passe délicatement une éponge mouillée sur mon visage maculé de maquillage et de larmes . Patiemment , jusqu'à l'entière disparition des traces . Jusqu'à ce que la glace me renvoi l'image d'une enfant pâle , aux yeux tristes et cernés . Il me brosse les dents .
- Crache.
Je crache . Puis il démêle mes cheveux alourdis , sans me faire mal . Il m'ôte mes escarpins et ma robe . Il me fait passer une immense chemise . Il prend ma main et me conduit vers sa chambre . Il m'allonge , la tête bien au milieu des oreillers , il me recouvre jusqu'au menton . Il ne lâche pas ma main . Je me souviens de la douceur immaculée des draps , et du contact rassurant de sa main dans la mienne . Puis j'ai sombré dans le sommeil .
Le lendemain , tout recommença . Et ce fut pire . . . "

[ Hell - Lolita Pille ]